Reprenez votre vie en main avec l’EMDR

Comment de simples mouvements oculaires peuvent-ils atténuer des souvenirs douloureux ?

Marie-Rose Gérard, psychologue depuis 2008 et thérapeute EMDR certifiée depuis 2017, explique :

« L’EMDR permet de retraiter des informations douloureuses grâce à des stimulations bilatérales alternées des yeux, ou mouvements oculaires de gauche à droite, passant du cerveau néocortex au limbique. La nuit, lorsque nous rêvons, nous faisons de l’EMDR sans nous en rendre compte, nos yeux font naturellement ce même balayage. Ces mouvements permettent de traiter et d’atténuer les petits ou grands traumatismes vécus au quotidien et d’aboutir à un rééquilibrage émotionnel et psychique. »

Origines de l’EMDR

En 1987, la chercheuse et psychologue canadienne Francine Shapiro découvre cette technique un peu par inadvertance. Alors qu’elle se promenait dans un parc en ressassant des idées noires, elle remarque qu’au moment où une pensée négative surgit, ses yeux commencent à réaliser des mouvements rapides, de gauche à droite. Puis, elle constate que l’émotion déclenchée par cette pensée s’est estompée.

Étonnée, elle recommence l’expérience et éprouve une difficulté à faire ressurgir l’émotion initiale. Elle teste alors ces mouvements avec d’autres pensées négatives, obtenant les mêmes résultats. Elle soumet sa découverte à des collègues et obtient des résultats similaires. Pour les personnes ayant du mal à effectuer ces mouvements naturellement, elle guide alors leur regard à l’aide de sa main. La thérapie brève EMDR était née.

Des résultats rapides sur les traumatismes

Guidée par la notion freudienne selon laquelle le passé affecte le présent sans qu’on en ait conscience, Francine Shapiro parvient à traiter des vétérans de la guerre du Vietnam atteints de stress post-traumatique avec des résultats plus rapides que ceux observés en hôpital psychiatrique. Dans son livre Des yeux pour guérir, elle relate que les symptômes (cauchemars, colères, phobies, angoisses, addictions, idées suicidaires) disparaissent en quelques séances.

Elle élargit sa méthode aux victimes d’abus sexuels, aux grands accidentés, handicapés, grands malades, et établit un protocole en huit phases applicable à chaque traumatisme identifié.

Pourquoi faire appel à l’EMDR ?

Dès le plus jeune âge, l’enfant absorbe les expériences et événements négatifs sans recul, ni capacité d’analyse. Ces souvenirs douloureux s’impriment dans un réseau de mémoires inadaptées, créant des croyances négatives sur soi. L’EMDR vise à transformer ces croyances, souvent liées à la responsabilité, la sécurité, le contrôle, mais surtout à l’estime de soi.

L’auto-EMDR : se libérer chez soi

La méthode peut aussi se pratiquer seul, avec du tapping (tapotement) ou la technique dite de « l’étreinte du papillon ». Après identification de la problématique, la personne croise les bras en posant ses mains sur ses épaules, puis tapote en alternance. Mentalement absorbé par sa problématique et physiquement occupé, le patient active les stimulations cérébrales.

Le tutoriel de l’hypnothérapeute et praticienne EMDR Chloé Turgis est disponible sur sa chaîne YouTube.

Les deux phases principales :

  • Le ciblage : identifier émotion, image, sensation physique, pensée négative et évaluer l’intensité (de 0 à 10).

  • Le tapping : tapotements d’une minute, pauses pour évaluer l’évolution de l’émotion. Recommencer jusqu’à apaisement.

L’auto-EMDR peut libérer de croyances limitantes et d’émotions passagères, mais en cas de choc majeur, il est fortement conseillé de consulter un thérapeute certifié.

EFT – Emotional Freedom Technique : une autre approche

Fondée en 1993 par Gary Craig, l’EFT repose sur la médecine chinoise et la stimulation de points d’acupression. Elle vise à neutraliser les émotions négatives via des tapotements sur 15 points précis tout en prononçant des affirmations positives.

Des études montrent que l’EFT réduit le cortisol (hormone du stress), améliore anxiété, dépression, troubles alimentaires, stress post-traumatique, etc.

Exemple de points EFT :

  • Karaté (tranche de la main) – affirmation : « Même si j’ai ce problème, je m’aime et je m’accepte totalement. »

  • Sommet du crâne, début du sourcil, coin de l’œil, sous l’œil, sous le nez, menton, sous la clavicule, sous le bras, sous la poitrine, doigts, et dos de la main.

Étapes :

  • Énoncer clairement sa problématique.

  • Tapoter chaque point au moins 10 fois en évoquant émotions, images, croyances.

  • Inspirer profondément et réévaluer l’émotion.

Conclusion

Longtemps critiquées par les milieux psychiatriques, les thérapies brèves comme l’EMDR ou l’EFT ont aujourd’hui prouvé leur efficacité sur le stress, les traumatismes, les douleurs physiques ou émotionnelles. Leur reconnaissance progresse, et leur prise en charge par les systèmes de santé, comme en Suisse ou en Belgique, semble être la prochaine étape.